J’ai attrapé une maladie épouvantable. Cet été, lors du séminaire annuel au vert de mon entreprise, We Feed The World, j’ai accepté de suivre notre bon DG, William H Benchemoul, dans sa chambre d’hôtel. Il m’avait promis que son sexe détenait le pouvoir magique de transmettre des compétences en matière de technologie. Comme mon PC affichait le message « Permanent Fatal Error » à chaque fois que je l’allumais, et que la hot-line, ayant été délocalisée en Pologne, ne répondait plus à aucun appel, j’ai pensé que cette solution était la bonne. Je l’ai longuement remercié de la faveur qu’il m’accordait en le suivant à travers le parc du château où se tenait le séminaire. A mon retour, j’étais pleine d’espoir : comme je m’en étais pris plein la figure, je pensais que j’allais être capable non seulement de faire fonctionner mon PC, mais aussi de le connecter au WIFI et de synchroniser mon Palm. A mon grand dam, rien de tel ne s’est produit . Par contre, les symptômes très handicapants ont commencé à apparaître très rapidement : je me suis mise à parler comme le DG dans sa lettre annuelle aux collaborateurs. La première fois que cela s’est produit , c’était juste à mon retour de vacances, à la machine à café, j’ai voulu saluer ma collègue Ghislaine du contrôle de gestion, et je me suis entendue lui parler ainsi : « Ma chère Ghislaine, p our toi, l’été a été le temps de vacances bien méritées, permettant de retrouver tes proches et de t’adonner à des activités pour lesquelles tu manques souvent de temps le reste de l’année ». A quoi Ghislaine m’a répondu « Dis donc, t’as trop fumé la chicha au hakik cet été ou quoi ? » La seconde fois , lors d’une réunion extrêmement conflictuelle car réunissant une forte proportion de collaborateurs porteurs de moccassins à glands, j’ai pris la parole de la façon suivante : « F ace aux défis de notre industrie en pleine mutation et malgré un marché favorable, il nous faut tout à la fois accélérer notre transformation, contenir nos coûts de fonctionnement et continuer à améliorer nos résultats. Or l es tensions qui se font jour sur ce projet mettent en évidence la nécessité de créer une nouvelle Strategic Business Unit , dans le cadre d’un projet que je vous propose de baptiser C4 – pour How to solve our Craignos Cassetête by sending you to the Cassepipe with Couillenbar solutions ? ». Les collaborateurs à mocassins furent très déçus : « On ne comprend rien du tout à ce qu’elle dit, on dirait le DG, d’habitude à ce stade de la réunion Melle Dusk se penche en avant sur la table et propose d’aller boire un Screaming Orgasm au bar du Sofitel, elle dit que c’est quand même plus convivial que ces salles de réunion sans fenêtres, et on en a le zizi qui coule. Que se passe-t-il ? On nous l’aurait changée ? » La dernière fois fût la plus critique : je m’achetais un morceau de boudin chez ma charcutière préférée, et je l’ai félicitée pour la qualité récurrente de ses produits de la façon suivante : « La performance de vos chipolatas est tout à fait honorable au regard des priorités que nous nous sommes fixées en début d’année, et toutes vos charcuteries contribuent à ces bons résultats » Elle a eu l’air interloquée, et s’est retournée vers son mari derrière le comptoir « Tu te souvenais qu’on avait fixé des objectifs sur la chipo de Melle Dusk, toi ? ». J’ai insisté : « Ces bons résultats, nous les devons à votre professionnalisme, à l’énergie que vous déployez dans votre travail et à une collaboration accrue à tous les niveaux ». Puis j’ai fait un geste grandiose de la main pour les saluer, et je suis sortie de la charcuterie « Au revoir ! » Là j’ai compris qu’il fallait vraiment consulter : j ’ai dû voir de nombreux praticiens avant qu’un diagnostic ne soit posé. Je suis arrivée chez mon généraliste en m’exprimant ainsi : « Si je veux rester fidèle à mes valeurs et à mon histoire, il me faut conduire les changements nécessaires pour toujours mieux servir mes clients, et satisfaire mes actionnaires ». Effrayé, et c raignant une infection généralisée, mon généraliste m’a recommandé des bains de bouche à l’Hextril, qui se sont avérés inefficaces. Mon psychanaliste a été fidèle à sa ligne de conduite en me reparlant du divorce de mes grands parents à Charleville Mézières en 1945 (avec lui je suis prévenue, je prends toujours une brouette remplie des registres d’état civil écrits à la plume d’oie quand je vais le voir). Heureusement une ortophoniste a enfin identifié le problème clairement : il m’a fallu me rendre à l’évidence, j’ai attrapé une valuesite, (prononcer Valiouzite), de l’anglais « values », valeurs. Apparemment c’est très courant quand on a le malheur de sucer un DG. Elle-même connaissait bien cette pathologie car elle-même avait dans le passé pratiqué une fellation sur son chef de service à Saint-Antoine dans l’espoir fou de réussir à mémoriser le Vidal en une soirée, et était restée handicapée par une diction et un vocabulaire très étranges pendant plusieurs mois. J’espère que je vais m’en sortir ! Quelle horrible maladie !
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