Quelquefois, quand tout se met à tourbilloner, quand le temps se précipite, Madame L se prend à rêver. A rêver d’un hôtel quatre étoiles, ou cinq, elle n’aurait rien à se refuser. Au petit matin, elle aurait juste laissé un petit mot sur la table de la cuisine, « a bientôt ». Elle ne serait pas fâchée et Monsieur L lui aurait dit « profites en bien ». Alors elle partirait, en automne ou en plein coeur de l’hiver, se prendre une chambre pour quelques jours dans un hôtel au bord de la mer. Pas un de ces complexes derniers cris avec aqua bar et jacuzzi mais un vieux palace avec de grands lustres et des escaliers qui craquent. Il aurait abrité des princesses russes trahies, des vieilles dames indignes et des jeunes romanciers forcément desespérés. Elle n’aurait pas la plus jolie des suites mais « lOn vous a gardé la même Madame L! », celle dont le balcon donne directement sur la mer, celle que les autres ne veulent plus parce que la nuit, ils sont reveillés par les vagues qui viennent s’écraser contre le rocher. Elle ouvrirait une petite valise qu’elle aurait préparé avec soin pour y choisir une jolie tenue, avant de descendre dans le petit salon pour le diner. Ele penserait à son amoureux, à ses enfants, un petit peu comme on pense à des gens aimés qui vont forcément bien. Elle descendrait, demanderait des nouvelles de la vieille dame qui loue sa chambre à l’année et serait flattée par le regard juste un peu appuyé du jeune homme à peine arrivé. Après le diner et un petit verre au bord de la cheminée à écouter la vieille dame qui en a tant à raconter. En fait, avant, il y atrès longtemps, quand les ors du Palace était encore rutilants, la vieille dame était un jeune homme mais ça, il n’y a que Madame L qui le sait. La nuit tombée depuis longtemps, Elle remonterait se coucher, se gisser dans les draps de lin monogrammés un peu usés. Le lendemain matin, après le plus délicieux des petits déjeuners, elle irait marcher sur la plage, le sable mouillé, croiserait le jeune homme de la veille en train de faire son footing du matin. » il n’est pas si bien que ça »; L’après midi, elle écrirait puis s’ennuierait un peu. Il se passerait alors un jour ou deux, sans radio, sans journaux, les bruits de la ville lui parviedrait juste par bribes mais tout ça serait tellement loin de la vie d’ici. L’après-midi du troisième jour, alors qu’elle serait toujours en train d’écrire, l’inspiration ne la trahirait jamais, elle laisserait tomber sa page griffonnée. La fin de l’histoire, on verrait plus tard. Elle demanderait le téléphone pour faire un numéo qu’elle connaît. « Allo, Monsieur L, ce petit moment de solitude c’était tellement doux, mais il n’y a qu’avec vous que j’ai envie d’en profiter ». Alors elle se ferait belle, et l’attendrait pour dîner.
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