Une quarantaine de députés de la majorité libanaise sont cloîtrés depuis plus d’un mois dans un hôtel de luxe à Beyrouth, par crainte d’allonger la liste des six députés antisyriens assassinés depuis 2005. « C’est une prison, elle peut être dorée, mais c’est quand même une prison », déclare le député Henri Hélou. Il y a un mois, il a été amené à l’hôtel Phoenicia en catimini, au beau milieu de la nuit, laissant derrière lui femme et enfants. Des mesures draconiennes de sécurité ont été imposées aux députés de la majorité après l’assassinat le 19 septembre d’un des leurs, Antoine Ghanem, tué dans un attentat aux côtés de cinq personnes quelques jours avant une séance parlementaire consacrée à l’élection d’un nouveau président. M. Ghanem était le sixième député antisyrien assassiné depuis 2005 dans des attentats imputés par la majorité à la Syrie, qui nie toute implication. La majorité accuse Damas d’éliminer un par un ses députés en vue de la réduire au sein du Parlement, qui compte actuellement 127 députés, pour donner l’avantage à l’opposition soutenue par l’Iran et la Syrie. « Les 68 députés de la majorite sont visés. C’est aberrant que nous soyons confinés dans cet hôtel parce qu’il y a un régime mafieux qui veut systématiquement nous tuer », s’indigne M. Hélou. « C’est un cacul froid et horrible. » Plusieurs députés ont raconté leurs journées dans les chambres d’hôtel aux rideaux tirés, où ils jouissent d’une liberté de mouvement restreinte. Le personnel de sécurité est partout: dans les couloirs, près de l’ascenseur. Il empêche les députés de dîner dans les restaurants de l’hôtel ouverts au public ou de se mêler aux invités. Les parlementaires peuvent se rendre à la gym et au spa de l’hôtel, mais seulement à des heures spécifiques. Le public n’est pas autorisé à entrer dans les suites annexes de l’hôtel où résident les députés. « j’ai amené beaucoup de livres pour me distraire. Souvent, nous nous réunissons entre députés pour discuter de la situation », explique Solange Gemayel, veuve de l’ancien président assassiné Béchir Gemayel. « C’est gênant parce que nous ne pouvons pas sortir au balcon et nous ne voyons pas le ciel », se plaint-elle. « Je veux voir mes enfants le matin quand je me lève, ou conduire ma voiture en toute liberté, mais ce n’est pas possible. » Les épouses et les enfants, ainsi que les amis, viennent leur rendre visite au cours de la semaine pour rompre la monotonie des journées et leur remonter le moral. Mais cela ne suffit pas pour retrouver les moments intimes de la vie. Pour Moustapha Allouche, député et chirurgien à Tripoli, la grande ville du nord du Liban, « le plus dur est de ne pas serrer ma fille de 11 ans dans mes bras pendant qu’elle dort le soir ». « Ma profession me manque aussi. J’ai envie de me promener en short, ou encore passer au supermarché et jouer au basketball », dit-il. « Mais on n’a pas d’autre choix que de rester ici pour avoir la vie sauve. ». Lui et ses collègues espèrent sortir de l’hôtel après le 24 novembre, date à laquelle un nouveau président devrait avoir été élu, mais ils ne craignent pas moins de rester des cibles passée cette date. Pour encourager ses collègues, le député Waël Bou Faour leur dit, ironique: « C’est simple: c’est soit ça, soit le cimetière ».
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