Hôtel Phoenicia, front de mer de Beyrouth, 11 heures passées. Une pluie fine fait son apparition. Des bodyguards bodybuildés (ça fait beaucoup de bodykekchose!) veillent au grain devant l'entrée des artistes, à l'arrière de l'imposant bâtiment. Dans un immeuble à l'abandon adjacent, un sniper boit une tasse de café. On attend le OK de l'un des vigils (sur)armés. A quelques mètres, sous une tente, les camionnettes de livraison défilent les unes après les autres. Les ouvriers déchargent cartons de thé et autres cageots bardés de pieuvres et de bars, et passent le tout dans un caisson à rayons X, comme à l'aéroport. Il y a du monde, tout est très sérieux. Le vigil reçoit un OK nous concernant, on y va. Encore un checkpoint, on vide nos poches et passons un portique de sécurité. Un garde vérifie si mon appareil photo prend bien des photos et ne sert pas à autre chose. Puis un nouveau chaperon nous invite à prendre l'ascenseur. Direction le 16e étage. Dans les couloirs, des sbires jouent aux cartes, dévisageant les étrangers sortant de l'ascenseur. Chambre 1602. Les députés du 14 Mars – reclus dans cette prison feutrée et dorée – se relaient, les journalistes du Liban et d'ailleurs défilent. On discute avec Wael Bou Faour (ci-contre en haut), un proche de Joumblatt, puis avec Ammar Houri (en bas), un aficionados haririen. Ils nous disent tous deux être prêts à mourir pour leur cause (faut-il les croire?), pour l'indépendance et la souveraineté du Liban, dénoncent avec vigueur et cynisme le régime de Damas, détaillent leur emploi du temps, précisent bien que ce sont leurs partis politiques et non le gouvernement de Siniora qui paye les factures de l'hôtel… Ils sont comme ça une quarantaine, depuis l'assassinat d'Antoine Ghanem le 19 septembre. Ils sont souriants, aimeraient bien revoir la lumière du soleil dans ces chambres où tous les rideaux sont fermés en permanence. Dans deux semaines très exactement, le 23 à minuit, le mandat de Mimile prendra fin. Eux sont persuadés que le Liban aura un nouveau président d'ici là , et que l'élection de tout président n'étant pas issu du 14 Mars serait une défaite pour eux. Connaissant le jusqu'au-boutisme des copains d'en face, on se prépare une bonne grosse tempête. On ressort de l'hôtel, la bruine est toujours là . L'été a tiré le rideau il y a deux jours, il ne fait plus que 21ºC. Le ciel est bas, les nuages gris anthracite. Ça va craquer.
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