Je me souviens de ces étés chauds et remplis de soleil dans les champs, à se courir après dans l’herbe jaunie, et à s’en gratter les molets jusqu’au sang dans la cabane à cause des puces et des tiques. Je me souviens de ces herbes bizarres dont je n’ai jamais connu le nom que l’on tirait sur toute leur longeur, arrachant ces petits missiles végétaux que l’on lancaient, qui restaient accrochés au t-shirt, et que nous comptions après la bataille pour savoir qui était le plus mort d’entre nous. Je me souviens des goûters préparés par ma grand-mère, abandonnés innocemment sur la tacle de la cuisine, et que nous venions chiper discrètement pour le déguster en cachette dans la cabane; je me rappelle des bermudas salis, des bouts de bois transformés en épée, des cailloux collectionnés en trésor de guerre. Je me souviens surtout des histoires entières de chevaliers et de vengeur masqué, de bandits et de justiciers, surgissant de derrière le buisson pour aller sauver ma petite soeur, alors prisonnière de mon cousin pirate qui l’avait prise en otage dans son camp retranché entre le sapin et le buisson du fond du jardin. Nos après midi de vacances d’été étaient remplis d’histoires et d’imaginaires, on révaient éveillés toutes les vacances pendant nos jeux d’enfants entre cousins. Ca semblait interminable, et on ne voulait pas que ça se termine. Puis un jour, elle est arrivée. Cadeau de mon grand-père. LA voiture. LE carosse. LA révolution. Il l’avait même prise en photo tellement il était fier de son cadeau. Très rapidement, les histoires ont changé. Des chevaliers et des pirates, nous sommes passés aux pilotes et aux champions. Nous nous sommes accparé le nouveau jouet. Nous avons fabriqué autour de cette voiture un circuit entre les arbres, les obstacles en planches et les pierres. Le jeu s’est structuré de lui-même. Nous courions par deux, un qui poussait, un qui pilotait, et on comptait le temps avec le vieux métronome de ma grand mère. Et incidieusement, nous sommes passés à la compétition. Mon cousin et moi, les deux aînés, gagnions tout le temps, et nous sommes devenus les champions à abattre. Je courais vite, et il pilotait bien. Le tandem fonctionnait à merveille. Face à cette suprématie assez vexante au fil des après midi de championnat estival, mon frère a rameuté un jour un voisin assez balèze. Mon frère étant de petit gabarit, donc léger, et le voisin étant puissant, il nous ont finalement détroné. Leur binôme fonctionnait mieux que le notre, et on ne trouvait pas de solution pour les battre. Ca a duré plusieurs jours. Puis ma soeur, fille qu’elle était, et vexée de perdre encore plus tout le temps que nous, a dragué – si l’on peut appeler ça draguer à 9 ans – le colosse du village (il avait 11 ans) pour finalement réussir à faire un binôme qui a réussi à nous battre tous. Elle était super fière. Et nous, on était super vexés. Plus le temps de chiper le goûter, il fallait qu’on trouve le moyen de la dépasser. Alors on a commencé à mettre en place des stratégies, des sortes d’entraînement et des coalitions d’intêret avec mon frère qui nous permettraient de détôner l’ennemi fraternel. Ces jeux ont duré comme ça jusqu’à la fin de l’été. Mais les choses avaient changé. Les jeux avaient changés. Les sentiments avaient changés. Je crois que c’était plus intense, plus dense, mais moins fraternel, moins réveur. J’en ai supposé que c’était normal en grandissant, que c’était la fin d’une époque de l’enfance. A la fin de l’été, nous sommes tous repartis chez nous pour l’école, attendant avec impatience l’été suivant pour reprendre la compétition. Et début juillet de l’année suivante, de retour chez ma grand-mère, la voiture n’était plus là. Mon grand père a dit qu’il avait roulé dessus sans faire exprès en rentrant le tracteur dans la grange. Nous avons après quelques jours de regrets, repris nos bâtons et replongé dans notre univers de pirates et de justiciers. Le regret a vite disparu, et la cabane, les goûters, et les bâtons ont repris leur place, et nous ont occupés l’esprit jusqu’à ce que nous hormones d’adolesents fassent changer nos centres d’intérêts. Là par contre, les choses ont changé. Mais là, c’était naturel. C’était une belle idée de cadeau que cette voiture moderne, mais je crois qu’il en a compris l’influence bien plus que nous, et il a fait le choix de nous la supprimer. Je ne sais pas aujourd’hui ce que ce cadeau aurait changé et finalement, je préfère ne pas le savoir.