Le président de la banque centrale américaine (Fed) Ben Bernanke a dressé jeudi un tableau maussade de l’économie américaine, avec une croissance « lente » jusqu’à la mi-2008, et des risques d’inflation accrus avec les prix records du pétrole et le dollar faible. « La croissance de l’activité économique va ralentir sensiblement au quatrième trimestre par rapport au rythme du troisième trimestre », a affirmé M. Bernanke devant une commission économique parlementaire. L’économie a affiché une croissance de 3,9% (en rythme annuel) au troisième trimestre, mais les économistes sont unanimes à pronostiquer un ralentissement du fait de la crise du crédit et de l’immobilier. Toute la question est d’en mesurer l’ampleur et la durée. Pour M. Bernanke, « la croissance devrait rester lente durant la première partie de l’année prochaine, avant de se renforcer lorsque les effets du resserrement du crédit et de la correction immobilière commenceront à s’estomper », selon le texte de son discours diffusé par avance. Dans le même temps, il a aussi dit ses inquiétudes au regard de l’inflation. « La hausse récente des prix de l’énergie va sans doute faire augmenter l’inflation générale pendant un certain temps », a-t-il affirmé. M. Bernanke a relevé la forte hausse récente du prix du pétrole et d’autres matières premières, tandis que « la valeur du dollar s’est affaiblie sur les marchés des changes », et a expliqué le mécanisme pouvant conduire à un dérapage de l’inflation. Ces facteurs « risquent d’augmenter l’inflation générale à court terme, et, si les attentes d’inflation venaient à augmenter, alors cela pourrait doper l’inflation à long terme également », a-t-il mis en garde. De plus, le pétrole cher « risque de brider encore plus l’activité économique », a-t-il averti. M. Bernanke a ajouté deux facteurs de risque supplémentaires à ce scénario déjà peu optimiste. L’une des grandes craintes est que les conditions « continuent à se dégrader, voire empirent » sur les marchés financiers. L’autre est que « les prix des logements pourraient s’affaiblir encore plus que prévu ». De toutes façons, « la contraction de l’immobilier résidentiel va probablement s’intensifier », a noté le président de la Fed, en prévoyant une augmentation du nombre de défauts de paiement sur les emprunts immobiliers au cours des trimestres à venir. Il parlait des emprunts « subprime », consentis à taux variables, à des ménages peu solvables et qui voient arriver l’échéance du premier ajustement de leurs taux – synonyme, souvent, d’un bond des mensualités à rembourser. Ce retournement immobilier, associé au pétrole cher et au resserrement du crédit, devrait selon M. Bernanke entraîner un « ralentissement » des dépenses de consommation. C’est une mauvaise nouvelle pour la croissance car la consommation est le premier moteur de l’économie – encore plus à l’approche des fêtes de fin d’année qui permettent aux commerçants de faire l’essentiel de leur chiffre d’affaires. Du côté des entreprises, l’intensification des incertitudes risque également de freiner les investissements, a averti M. Bernanke. Le président de la Fed a réaffirmé que la banque centrale agirait « en fonction des besoins » face à l’évolution de l’économie.
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