C’est l’Europe qui paie la facture de la crise américaine

PAR JEAN-MARC VITTORI – Les Echos 02/10/07 – C’est au tour des grands noms de la banque mondiale d’accuser le coup de la crise financière. Hier, les helvétiques UBS et Credit Suisse, suivies de l’américaine Citigroup, ont annoncé que leurs résultats du troisième trimestre porteraient les traces de l’effondrement des crédits immobiliers aux ménages américains désargentés – le fameux « subprime ». La semaine dernière, l’allemande Deutsche Bank admettait de coûteuses erreurs. Quinze jours plus tôt, l’anglaise Northern Rock avait provoqué cette ruée aux guichets de clients affolés voulant retirer leur argent avant que les caisses soient vides, typique des années 1930. En août, l’américain Countrywide a dû tirer sur une ligne de crédit de plus de 10 milliards de dollars. En juillet, deux banques allemandes, IKB et SachsenLB, n’ont pu faire face à leurs engagements. La liste est longue des établissements financiers touchés par cette crise. La liste, surtout, semble ouverte au monde entier… mais cette généralisation n’est qu’une impression. Car l’Europe est la plus frappée. Aux Etats-Unis, le reste de l’édifice bancaire, lui, tient bon, au moins jusqu’aux résultats des grandes banques publiés dans deux semaines. Sur le Vieux Continent, il en va tout autrement : crise anglaise, faillites allemandes, pertes suisses, échec néerlandais, sans compter ce qui reste à venir du côté espagnol, voire français. Pourquoi donc l’Europe souffre-t-elle davantage ? Les petites banques n’ont sans doute pas bien évalué le danger d’une finance de plus en plus sophistiquée. L’Europe pourrait souffre d’une faille : son morcellement financier, avec une Banque centrale européenne seule en mesure d’ouvrir le robinet monétaire et des autorités de tutelle des banques qui restent nationales. Cette crise, censée pourtant se traduire par à peine plus de 100 milliards de dollars de pertes – est une paille au regard de la puissance des géants financiers de la planète , ou des milliers de milliards de dollars détruits par l’éclatement de la bulle Internet en 2000. De plus, la crise ne touche qu’un segment du marché, celui du crédit, à un moment où beaucoup de sociétés de par le monde ont les caisses tellement pleines qu’elles multiplient les rachats d’actions. Elles ont donc les moyens de financer leur croissance sans s’endetter surtout si les marchés d’actions restent toujours aussi bien rentables. L’Europe risque de payer la facture d’une crise américaine. Ça ne serait pas la première fois. En 2000, des entreprises européennes comme Vivendi ont déjà payé une bonne part de l’éclatement de la bulle Internet. En sept ans, l’indice Dow Jones a gagné plus de 20 % alors qu’un indice européen comme le CAC 40 a perdu près de 20 %. A croire que l’économie se moque des emballements et des frayeurs de la planète finance.

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