Je ne connais du parfum de sa peau que ce petit éclat au coin de l´oeil, là où la paupière forme une meurtrissure, un sillon en lit de rivière, légers diamants de perles salées, sinueuses et ondoyantes, verdoyant le duveté des joues et se lovant à la commissure des lèvres, en tendres floraisons d´embruns, où elles s´apprennent à diluer le souvenir dans la nostalgie des jours lointains, déjà. Je ne connais du son de sa voix que l´écho incertain du silence, un reflet d´absence en brise d´horizon sur un miroir sans diapason, la caresse nonchalante du revers de sa main, comme pour chasser la poussière au fond de la gorge profonde, la vallée de chair inféconde, linceul sous mes doigts de catin, en froid de catacombe avorté de lendemain. Je ne connais de sa saveur tendre que le fruit à ma bouche défendue, frontières des possibles de l´être en transparence…. Un souffle d´aile en papillon, à l´écume des nuits perdues, portant sur son dos la fragilité de la chrysalide qui se déchire en dentelle de coton…. en filin d´étoffes vaporeuses, pour n´éclore que le vide….. Fleur de passion malheureuse de ne fleurir que des tombes de corps… Chenilles qui rampent sur la lézarde des murs, en verte flétrissure sur le plâtre fissuré de la mémoire aux aguets…. Une mémoire qui tente sans fin de repriser quelques accrocs d´instants précieux, où se sont pendues les flaques de soleil, en oubli du temps trépassant sous le regard salé de l´enfant brisé dans sa course d´automne. Je ne connais de nos mains en écueil que ce naufrage de la raison, quand les sens, en foudroyante fenaison, venaient nous prendre à l´ingénue de nos coeurs, par la surprise de cette sourde attraction des désaccords, à l´aurore de nos soleils levants… sans notre vouloir, presque sans notre savoir, ce lien distillait l´incandescence, ravageait nos chairs en rade, à dévorer toutes les saisons, en abolition de l´esclavage de ce temps et de ce lieu qui n´appartenaient plus au monde réel, disparu à nos yeux crédules, éblouis par le printemps de nos sens-étincelles…. Des flammèches de vent en courbes ondulaient sous des dunes de sable mouvant, toujours renaissantes à l´aube de nos belles infortunes, elles montaient en vagues irradiant de l´épicentre jusqu´au plus profond de nos chairs impatientes de se fondre l´une dans l´autre, en une danse de tous les éléments célestes, étoiles filantes et nébuleuses, creuset de la passion langoureuse, épelant les lettres de son corps du bout de mes doigts, mouillés d´encore. Je ne connais de son amour que le mien… celui qui lui porte mes pensées en silence… quand je dessine son regard sur la paume de ma main, en sombres détours des pourquoi sans retour… Je ne connais de son amour que le mien, qui ricoche au creux de mon âme, d´un rien désenchantée…. d´un peu déshabillée, maculée de toutes ces conceptions, sans choix ni lois… car elle ne possède de raison qu´un reste de comptine enfantine où chantent les feuilles de l´automne dans un tourbillon d´or et de sang, en flamboiement de ce qu´elle croit, de ceux qu´elle porte en croix, comme le plus invicible des fardeaux, le plus tendre des déploiements de son corps, l´accompagnement de ses nuits aux gueules d´enfer tonitruantes, où plus rien n´existe que l´anéantissement de la conscience, cette fin de soi toujours recommencée du crépuscule à l´aube, en roue insatiable dévorant les membres de ceux qui se croient plus forts que leur coeur de poussières cahotantes… Je ne connais de moi que cette ombre dévoilée, derrière la flamme d´une bougie qui tremble de tous ses doigts, en larmes de cire opales, bijoux translucides égouttant la plainte silencieuse le long du cou de l´amoureuse, en percée d´étoiles de neige, figures géométriques à nul autre pareil, uniques de magnificience glacée, brûlantes de la morsure du gèle qui cogne en dedans, comme un appel à partir doucement… sur la pointe de pieds habillés de vent et de silence… pour ne pas déranger les amours naissantes à l´orée de l´effroi, en éclair de lumière, blessant les yeux de l´étrangère à ce monde nouveau et pourtant connu depuis des millions de fois……