Noir est l’arbre des souvenirs, bleu l’air

Voilà l'un des plus beaux livres qu'il m'ait été donné de lire. Comment dire? C'est poignant sans jamais tomber dans le mélo, il se dégage un furieux parfum de nostalgie, un peu comme ces eaux de toilette poudrées dont l'odeur subsiste, discrète mais tenace, aufond d'une vieille armoire, sous une pile de mouchoirs en dentelle. Italie, 1941. C'est l'apogée du mussolinisme, allié à "la grande soeur Allemagne". Ce sera le dernier été paisible d'une riche famille de la bourgeoisie industrielle. La guerre, puis la défaite et l'armistice defairont impitoyablement leur vie. Il y a le père, pressé, distant, tout à la reconquête de la fortune familiale avalée par la guerre. Il y a la mère, belle, lasse et frivole, si attachée à son monde en train de disparaître qu'elle mourra avec lui. Et puis, il y a les trois enfants et leur très jeune précepteur. Ils sont beaux, hardis, insouciants et rêvent d'amour. Ils le rencontreront tous, chacun à sa manière et marqué par son destin. Et que dire de la langue de Rosetta Loy, tellement belle qu'on a envie de lire tout le livre à voix chuchotée, pour mieux s'imprégner du phrasé, de la mélancolie, de cette atmosphère de paradis perdu...Il est en Poche, à 6,35 euros. Aucune excuse pour s'en priver... Mon avis: fait rarissime chez moi, j'en ai relu des passages, juste pour la musicalité du style de Rosetta Loy...

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