L'extrême pointe sud de l'Europe ! Les colonnes d'Hercule ! Un enivrant parfum d'Afrique... Gibraltar n'est guère éloigné de notre point de chute en Andalousie ; va pour une excursion ! Passé le désagrément du flot de touristes, dont le débit s'est pourtant déjà fortement ralenti en cette première semaine d'octobre, l'enchantement promis ou espéré tarde cependant à se produire. À vrai dire, ce minuscule territoire placé sous la souveraineté de Sa très gracieuse Majesté cache bien ses attraits, à tel point du reste qu'on peine à les trouver. Il y a certes le fameux rocher tant vanté et la vue non moins réputée qu'il offre. Mais, au pied du promontoire, la ville fait naître un sentiment assez curieux. Manifestement, nous ne sommes plus en Espagne (une frontière et ses douaniers zélés est venue nous le rappeler), encore qu'on y entende davantage de sonorités castillanes (ou plus précisément andalouses, avec l'élision si caractéristique du s final) qu'anglaises. Les bus à deux étages, les cabines téléphoniques, les boîtes aux lettres ou encore de si nombreuses enseignes (car les commerces occupent l'essentiel des principales artères) rappellent que l' Union Jack flotte toujours dans le ciel immaculé. Les monuments, quant à eux, déçoivent et l'on en ressort à peine en a-t-on franchi le seuil. L'observation, dirigée vers les autochtones davantage que vers les pierres, confirme les données démographiques lues dans tel ou tel guide. Gibraltar paraît bien vivre sous le signe du multiculturalisme et de la pluralité confessionnelle. À côté des habitants originaires d'Angleterre et de confession anglicane et des très catholiques Espagnols, cohabitent de fortes minorités juive et musulmane. Le port de la kippa d'un côté, du hijab de l'autre permet d'ailleurs de mesurer intuitivement l'importance des deux communautés qu'on vient de citer. Au reste, nous ne tardons guère à trouver la synagogue, toute blanche, de construction visiblement assez récente, vers laquelle, en ce milieu de journée, convergent d'un pas décidé des familles pratiquantes. Presque en face, une plaque commémorative rappelle l'emplacement de bains datant du XIVe siècle, aménagés par les Maures, présents à Gibraltar jusqu'en 1462 (la Reconquista ayant pris fin, comme chacun sait, en 1492). Je retiendrai ainsi de cette visite la cohabitation, apparemment on ne peut plus pacifique, de cultures et de croyances qui, ailleurs, se combattent. Un souvenir, sur le sol britannique, de l'Andalousie rêvée des «trois cultures» ? Nos photos, de haut en bas : le Rocher de Gibraltar, vu depuis la ville ; un téléphone public ; la synagogue ; une plaque marquant l'emplacement d'un ancien hammam ; une façade de de la Main Street de Gibraltar.
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