Marianne2.fr a interrogé les responsables des deux instituts qui ont sondé les Français sur la grève : pour Stéphane Rozès (CSA), les données sont complémentaires tandis que pour Jérôme Sainte-Marie (BVA) les chiffres de CSA sont trompeurs. Pour le 18 octobre, CSA ou BVA, il faut choisir ton camp, camarade ! Les sondages livrés par chacun des instituts le 17 octobre dessinent une image bien différente de l’opinion des Français sur la mobilisation de jeudi, qui promet d’être massive. Côté CSA (dans L’Humanité ), la France est, à 54%, derrière les grèves. En tout cas pour qui ne lit pas Le Figaro . Car le même jour, en p. 20, selon l’institut BVA , 55% des personnes interrogées jugent que les grèves ne sont pas vraiment ou pas du tout justifiées. D’où la une du quotidien : « une large majorité de Français contre la grève ! » Au-delà des lignes éditoriales bien distinctes des journaux, on peut déjà constater que si i[L'Huma interroge les Français sur le mouvement, Le Figaro préfère évaluer leur opinion sur la réforme des régimes spéciaux. Ensuite, le quotidien communiste met clairement en avant la « journée nationale d'action » , citant tous ses participants. Un choix totalement différent de celui du journal de Nicolas Beytout qui n'évoque que « la SNCF et la RATP » , et s'adresse donc implicitement aux usagers des transports en commun. Or, ne peut-on pas « soutenir » des grévistes en considérant leur mouvement « injustifié » , ou bien l'inverse ? Pour interroger la pertinence de ces chiffres, nous nous sommes tournés vers les responsables des deux instituts afin qu'ils nous donnent leur vision du sondage d'en face : Stéphane Rozès (directeur de l'institut CSA) : « Ces deux sondages fournissent des données complémentaires. » « Les chiffres qui sont fournis par nos instituts ne sont en rien contradictoires, bien au contraire ! En interrogeant les sondés sur la pertinence de la réforme des régimes spéciaux et la justification des grèves, BVA s'adresse aux citoyens et aux usagers. Pour sa part, CSA préfère évaluer le soutien aux grévistes : c'est la 59è mesure de ce type que nous réalisons depuis 1995. Le chiffre que nous obtenons (54%) est d'ailleurs le 3è plus faible taux de soutien depuis que nous avons inauguré ce baromètre. En croisant ces données, on réalise qu'elles sont complémentaires et qu'elles permettent de mieux comprendre la dynamique de l'opinion. Le « soutien » dont nous parlons implique un accord sur le fond et la forme, alors que la « sympathie » n'implique pas forcément la compréhension des motivations des grévistes. Cette nuance est essentielle puisque la légitimité du pouvoir politique repose justement sur l'opinion et le gouvernement actuel a compris les ambivalences de la population face aux revendications sociales. Quoiqu'il en soit les lecteurs du i[Figaro et de L'Humanité ne sont pas des moutons : ce n'est pas parce que leur journal dit que les Français sont pour ou contre la grève qu'ils adopteront la même opinion. Il n'y a que les journalistes et les hommes politiques pour s'imaginer que les sondages ont une force d'imposition sur l'opinion. ]i» Jérôme Sainte-Marie (directeur du pôle Opinion de l’institut BVA) : « Le CSA laisse penser que la France soutient systématiquement les mouvements sociaux. » « Le choix des questions posées n’est pas opportuniste : CSA pose la question de la sympathie depuis de nombreuses années alors que BVA préfère s’intéresser aux raisons de la grève. Or, le libellé de la question du CSA n’est pas assez discriminant. La preuve, les résultats sont toujours les mêmes : cet institut conclut systématiquement au soutien des Français pour les mouvements sociaux ! Qui plus est, les catégories ne sont pas homogènes : dans notre question nous proposons «tout à fait», «plutôt», «pas vraiment» ou «pas du tout justifié». Alors que le CSA offre comme réponse le «soutien», la «sympathie», «l’opposition» ou «l’hostilité». La «sympathie» est une notion un petit peu vague, pas très politique. Pour finir, on additionne «sympathie» et «soutien» pour obtenir un total «d’approbation». Et comme ce score est toujours positif, on va en déduire que les grèves sont populaires. Le baromètre CSA n’est pas mauvais en soi. Si on compare ce chiffre à la moyenne de toutes les évaluations du même type ces dernières années, on peut alors avoir une analyse pertinente. Or ce sondage n’est pas remis en perspective. Dans un contexte d’enjeu politique immédiate, une telle méthode prête le flanc à l’instrumentalisation. »
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