Je me suis fait ‘U’

Je ne supportais plus mon travail. J’avais le sentiment d’être un cheval de course pris pour un cheval de trait. Je me suis ébroué et j’ai retiré mes œillères. J’ai cherché ailleurs. Les cabinets de recrutement ont été ravis de m’accueillir. Un chasseur de tête s’est même déplacé jusqu’à Dreux pour me rencontrer, c’était une gentille attention. Quand on passe la journée à se faire malmener par les clients, ses collègues et sa direction, cela fait du bien d’être désiré. Et oui, il existe des gens qui souhaitent travailler avec moi. Qu’un cabinet se laisse abuser par mon CV, je le conçois, un industriel, je suis sceptique, qu’un professionnel veuille me revoir après un premier rendez-vous, c’est surréaliste. Un jour, funeste, mon PDG a décidé que j’avais besoin d’un ‘coach’. Il a appelé Mercuri Urval et il a pris rendez-vous. « Votre méthode de management n’est pas transposable à d’autres activités. » C’est l’équivalent de la chasse aux sorcières. Mes résultats, je les obtiens grâce aux séances de Vaudou que j’organise le soir, chez moi. Je savais bien que la chouette clouée sur la porte de mon bureau, c’était une mauvaise idée. J’ai rencontré le consultant, à qui j’ai expliqué que je travaillais sur mon ‘employabilité’, bref, que je cherchais ailleurs. Et là, ce fût le drame. J’ai été pris à parti par le PDG qui m’a mis quelques coups de cravache et qui m’a expliqué qu’il en avait marre de mes états d’âme. « Vous ne m’avez pas compris. Je veux partir. Je vous respecte et je ne veux pas que vous engagiez des frais si je dois quitter l’entreprise dans 3 mois.» Changement de ton et de méthodeÂ… j’étais à côté de mes chaussures. Il voulait me donner de nouvelles responsabilités en Septembre. Il avait besoin de moi. Je devais réfléchir. Coup de grâce : « Vous récupérerez la voiture de fonction de Directeur Export, Zone Asie. Il repart là-bas. » J’ai été faible. J’ai succombé au chant des sirènes sans me rendre compte que cela sentait le poisson pas frais. Début Septembre : « Vous prendrez vos nouvelles responsabilités au mois de Janvier. » Fin Septembre : « Vous serez peut-être responsable du bureau d’études au mois de Janvier. » Il m’a fallu une semaine pour récupérer la voiture de fonction. Tout le monde tournait autour. Il y avait toujours un collègue qui en avait besoin pour un déplacement. « Vous comprenez, ce serait mieux si vous pouviez attendre quelques jours. » Je n’étais pas pressé. La voiture était sale, mal entretenue, et elle ne tenait pas sur ma place de parking. Après quelques jours au volant de cette boîte à chaussure – de standing – je l’ai laissée 3 jours au garage (pneus, plaquettes de frein, nettoyage intérieur/extérieur, travaux de carrosserie, passage en peintureÂ…). Je la récupère un soir, je la gare en dessous des fenêtres de mon bureau et j’assiste alors à un étrange ballet. Le PDG monte dans sa 607, passe devant ‘ma’ voiture et s’arrête. Sans la crasse et les éraflures, une Citroën C5, toute option, 137 CV, boîte 6 vitesses, cela en jette. Le lendemain, l’assistante de direction me demandait de l’échanger avec celle d’un commercial de l’usine. Citroën C5, 2 ans, modèle de base, 110 CV, 100000km J’ai été très ‘désappointé’. Quand cette semaine, on m’a demandé de ‘prêter’ ‘ma’ ‘nouvelle’ – rayer la mention inutile – voiture au Directeur Commercial France – il devait se rendre à un rendez-vous sur Paris – j’ai été encore plus ‘désappointé’ de reprendre ma Clio. Quand le PDG m’a annoncé, toujours cette semaine, qu’il me voyait plutôt au volant d’une 308 de 90 CV, ce ne fût pas la goutte d’eau qui fait normalement déborder le vase, mais le coup de Kärcher du petit Nicolas qui explose le récipient de mes désillusions et de mes amertumes. Et on me reparle de coaching. Et je sais qu’il y a des problèmes plus graves.

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